Rémunération de l'auteur

Dimanche 5 juillet 2009

Le lendemain matin de ma rencontre avec Victoria, je contactais Haïm Rozin. Ancien agent du Mossad, il s'était reconverti dans une agence de détective à Paris. Je lui avais assigné l'ordre d'enquêter sur l'affaire Wilde, et surtout sur l'étrange mort de Ryan. Il accepta, virant sur son compte bancaire, un acompte de cinquante mille Euros. Les recherches de Haïm Rozin ont représenté une charge totale de cent vingt mille Euros, sans les frais. Haïm Rozin deviendra ainsi l'homme par qui je confierai la sécurité de mes activités. Il deviendra mon meilleur ami comme Aaron, comme Albert, comme Marc. Les piliers de l’Empire. Je ne peux parler en détail de cet homme, secret professionnel oblige. Tout ce que je peux dire, que je pourrais en dire, c’est qu’avec lui, je savais qui était mes ennemis, et surtout qui était mes amis. Plus d’une fois, il m’a sorti des plus grandes embûches que l’on m’avait tendues. Comme quoi, il suffit d’avoir un grand service du renseignement, comme un Etat, pour perdurer dans ce métier. C’est tout ce que j’ai à dire sur le sujet, et déjà, je crois que j’en ai trop dit.

*

Marc Robin, que j'avais oublié, mais que je rencontrais, ce quinze mars, place Beauvau, dans un café, revint dans ma vie au moment où j’allais prendre la plus délicate des décisions. Il commençait à faire beau dans le ciel quand je croisai son regard. Après avoir descendu les Champs-Élysées depuis l’Etoile, mes yeux croisèrent les rayons du soleil, et aussi ceux de Marc Robin, qui m’attendait sur la terrasse d’un café. Après plusieurs minutes, je me rendis compte que Marc Robin n’était plus le même homme. Mon ami était mal au point depuis notre dernière rencontre en octobre dernier. Les cheveux décoiffés, mal rasé, fatigué, il semblait absent, perdu. Le visage triste, sa voix était plus douce que d’habitude.

- Alors Jacques, comment vas-tu ? demanda-t-il.

Il était seul. Il vivait comme un vieux loup.

- Ça va bien. Mais toi…. Qu'est-ce qui t'arrives ? Je ne te reconnais pas.

- C'est bien simple. Albert ne t'a pas expliqué ! s’exclama-t-il.

- Non, ai-je répondu, sur un ton innocent.

- Tu sais que, quand je t'ai rencontré pour la première fois, je travaillais comme enseignant dans une université publique. Pourtant, il y a déjà un an, j'ai voulu changer, je suis entré dans le privé. On a de meilleures de salaires, surtout des locaux plus soignés que dans le public, des horaires plus souples ce qui me permit de gérer l'entreprise de communication que j'avais crée. C'est en fait une association, mais mes élèves m'appellent le "Patron" ou le "Boss". Eh bien, voilà ! Cette université privée, l'Ecole Supérieure d'Economie et de Gestion, a décidé de me licencier en début de ce mois. J'ai quarante-cinq ans, je ne peux pas retourner dans le public. J'ai tout perdu. Ses salauds n'ont même pas payé mes cotisations sociales, je ne peux pas toucher l'ASSEDIC. Je suis à la rue. A la fin du mois, je quitte mon appartement, un F-5 en location, je ne peux plus la payer, je vais liquider l’association. Heureusement que Nathalie me soutient.

- Ecoute, ce n'est pas grave, ai-je répliqué, en le prenant dans mes bras. Je suis là, Albert est là, nous sommes tes amis. Viens à la maison, prend quinze jours de vacances, refais-toi une santé, voilà cent Euros, prends-les, demandes-moi ce que tu veux, j'essaierai de l'avoir.

- Merci Jacques, déclina-t-il. Mais je ne peux pas…

J’insistais, et finalement, il saisit le billet de banque, la main tremblante, d’une main détournée aussi….

- Comment puis-je te remercier ?

- C'est bien simple, travaille avec moi. Tu n'as rien à perdre. Tu avais de bonnes raisons de refuser, il y a deux ans, mais aujourd'hui, j'ai besoin de toi. La Compagnie de France recherche un manager, un homme d'expérience, un homme de confiance. Alors, rejoins-moi. Même si j'escomptais de te demander de venir que seulement dans quelques mois, viens me donner un coup de main, maintenant, ai-je ajouté, en insistant fermement sur le maintenant.

- Pourquoi pas ? dit-il, en se parlant à lui-même, la voix basse, le regard ailleurs.

Marc Robin hésita, réfléchit, reprit son souffle. Ses mains s'appuyaient sur le rebord de la table, il regarda autour de lui, puis, il se décida.

- Quand je commence ?

- Après tes vacances, Marc.

J’étais tellement heureux d'aider un ami, j’étais heureux de donner un emploi à un chômeur, j’étais heureux de créer un emploi.  Je suis comme cela, je suis un patron social. Dans toutes les entreprises où j'avais des participations, mon premier devoir est de m'occuper, après avoir élaboré des stratégies de développement, un devoir social de l'employeur, qui était justement de s'occuper des conditions de travail des salariés, mais aussi vers une plus juste répartition des salaires et des métiers entre les employés, pour qu'une plus faible injustice sociale existe, si ce n'est que celle du travail lui-même. Ce fut ainsi que Marc Robin a prit en main la direction de la Compagnie de France. En fait, il venait au bon moment. Pendant qu'il s'occupait de prospecter et d'accroître l'entreprise, pendant que Hector Marchal rachetait des titres "Banque National Suisse", pendant que Haïm Rozin enquêtait sur "Wilde Industrie", pendant qu'Aaron Cohen voyageait à travers le monde pour que la Compagnie d'Israël se développe, pendant que Victoria Amar et moi avions repris une vie commune, le second livre de la trilogie sortait aux "Editions Marcellin". Durant le mois de mars et avril, la campagne de promotion se répéta, comme en novembre dernier. Le printemps s’annonçait. Un autre succès que le premier tome était en route.

*

Ce ne fut que le six juin suivant que je rencontrais de nouveau Aaron Cohen en Israël, sur la base de «Névé Shalom» pour le lancement de la première fusée israélienne, qui se posait sur la Lune, deux jours plus tard. C'était un succès tout relatif car nous n'avons jamais revu la fusée revenir sur la terre. Erreur technique, mauvais sort, que sais-je encore ? Mais Israël, et la Compagnie Générale Spatiale, avait commencé la conquête de l'espace.

Je rentrais en France le quinze juin confiant dans l'avenir. Après deux semaines de vacances. Les affaires reprenaient de plus belle. Nous étions Marchal et moi-même dans la salle des opérations d'achats et de ventes de titres boursiers de la société de courtage. Hector Marchal discutait avec plusieurs individus en même temps. Quant à moi, je regardais cette fourmilière d'hommes et de femmes, qui s’agitaient dans tous les sens, les téléphones qui étaient branchés sur le monde entier, sonnaient, les télécopies imprimaient des kilomètres de papiers, sur lesquelles étaient inscrites des listes de numéros, de chiffres, de noms atypiques.

- Monsieur Nabbes, c'est fait, nous avons passé l'ordre pour l'achat de cinq cents titres de la Banque National Suisse. Vous serez alors, si tout ce passe bien, le vingt juin prochain le propriétaire majoritaire de la Banque National Suisse. Même si deux cents entreprises ont racheté le capital de la banque, vous êtes, par l’acte de Trust, le représentant principal de la "Holding", le premier actionnaire de la banque Suisse. Bravo, et félicitations, monsieur Nabbes.

- Merci beaucoup, monsieur Marchal, ai-je répondu. Je vous ai préparé votre commission par ce chèque de cinquante-trois mille Euros. Mais une question, est-ce que monsieur Laforêt est-il au courant ?

- Bon, je vais vous expliquer. Quand nous avons passé l'ordre d'achat, il y a obligation de la part de la Commission Bancaire Suisse de prévenir les principaux dirigeants du changement de propriétaire. Aussi, monsieur Laforêt sera informé du changement de propriétaire de la banque par la Commission. On ne peut faire autrement.

- Bien, qu'importe ! Merci monsieur Marchal. Bon, je vous remercie beaucoup par votre travail, du bon travail. A bientôt.

Quand je sortis de la pièce, jamais je n'ai été aussi heureux, j’allais devenir propriétaire d'une banque suisse.

*

Le vingt juin, un taxi me déposa à l'entrée du siège social de la Banque National Suisse. Je payais la course au chauffeur, puis je sortis du véhicule, levant les yeux vers le ciel, un ciel sans un seul nuage à l'horizon. A dix heures trente, le soleil frappait assez fort. J'entrais dans le bâtiment. Je demandais à l'hôtesse d'accueil, puis à la secrétaire de monsieur Laforêt, de rencontrer son chef. Il a suffit de quatre minutes et six secondes avant que je n’entra dans le bureau de Laforêt, qui, en tant que Directeur du conseil d'administration, se tenait droit. Il m'attendait, me salua d’un serrement de main ferme, le visage pâle, puis me remit son mandat de Président, par un acte officiel.

Immédiatement, le premier conseil avait été réuni le jour même. Dans la salle se trouvaient douze administrateurs de la banque, dont Laforêt et bien entendu, John Wilde, qui me reconnut, dès que je pris la parole. Ce premier contact avec la banque, avec les membres du conseil, avec ses dirigeants, se déroula le meilleur du monde. La commission bancaire de Suisse avait accepté le fait qu'un actionnaire étranger contrôle une banque suisse, étant donné que Marc Robin et Aaron Cohen avaient poursuivit, durant tout le dernier week-end, une discussion à bâton rompu avec le gouvernement suisse. Un accord s'était dessiné, le lundi matin, vers quatre heures trente. Je devins le propriétaire de la banque en accord avec le gouvernement fédéral suisse qui m'autorisa à devenir l'actionnaire majoritaire de la Banque. Mais je gardais le contrôle de la banque en échange d'être le représentant du gouvernement suisse, et de la perception d'une commission par le Ministre de l’économie, qui était transféré dans le budget fédéral d'au moins vingt millions d’Euros suisses par mois. La transparence est la chose que j'aime le plus, les règles sont claires, nettes, propres. Mais elle a un prix. Bien entendu, Laforêt n’était plus le président du conseil, je proposais à Wilde de vendre sa participation de la Banque. Ce qu'il refusa, bien entendu. Mais pas pour longtemps.

Ce fut aussi la première fois qu’Aaron Cohen et Marc Robin travaillaient ensemble. Ce fut aussi le début d'une coopération illimitée des deux hommes qui apportaient au groupe de la Compagnie du Monde, composante de deux "holdings", la Compagnie de France, et de la Compagnie d'Israël, les moyens de devenir une des premières multinationales du monde. Pendant le mois de juillet, alors que je m'occupais de la promotion du dernier et troisième livre de la Trilogie, les deux hommes consolidaient les deux entreprises. Un conseil exceptionnel se réunit à Paris au cours duquel il fut décidé un regroupement des structures, un arrêté comptable, et la mise en route d'une procédure d’une stratégie de croissance mondiale. Tous les actionnaires du groupe seront, ainsi que les gérants de toutes les entreprises afférents aux deux holdings, actionnaires et membres du conseil d'administration et de surveillance.

La Compagnie du Monde était une pyramide de sociétés, qui avait pour vocation non seulement une base d’entraide en cas de problème financier, mais aussi par des prêts à taux réduit par la Banque National Suisse, les moyens de se développer, et surtout une synergie des activités avec pour objectif le rendement le plus élevé possible. La Compagnie du Monde se développa durant les six derniers mois de l'année : cinq cent trente entreprises, deux cent mille personnes, un chiffre d'affaires de dix milliards de dollars par an, et un bénéfice net de vingt millions de Dollars, par mois. Le seul changement notable était que les investissements ne seront plus décidés par moi, mais par une contribution de chaque actionnaire, la synthèse organisée par Marc Robin et Aaron Cohen. Du premier septembre au vingt-huit décembre, je m’occupais avec Marc, avec Aaron, de consolider la Compagnie du Monde. Je laissais l'écriture de côté, je laissais aussi Wilde, qui restait un actionnaire minoritaire au sein du conseil de la Banque National Suisse. Haïm Rozin continua son enquête pendant plusieurs mois jusqu'à ma rencontre du vingt mars de l'année suivante.

La dernière étape de ma vengeance pouvait alors commencer. Un an et demi après mon acquisition de la banque suisse, bien entendu.

*

Je me trouvais dans mon bureau de la Compagnie de France, quand Haïm Rozin arriva tard cette nuit-là, bien après la fermeture des bureaux, vers vingt-deux heures. L’homme portait une tenue sombre. Ses yeux étaient très clairs. Ils éclairaient son visage.

- Voilà, j'ai terminé ce que tu m'as demandé, Jacques, dit-il, d’une voix douce, en prenant place devant moi. Dans cette pochette, tu trouveras tous les documents sur mon enquête sur "Wilde industrie". Il y a deux pochettes : l'une concerne l'affaire japonaise, la seconde la mort de Ryan.

- Explique-moi un peu ? J'ai peu de temps.

- C'est bien simple. "Wilde Industrie" a passé un contrat avec un groupe japonais d'armement militaire. Wilde devait fournir des cellules nucléaires que devaient récupérer les Japonais. Problème, avant de vendre des cellules nucléaires, Wilde devait en informer la commission de la Défense du Sénat américain. Il ne l'a pas fait.

- Que s'est-il passé ?

- Rien, sauf que l'ingénieur Ryan travaillait pour les services secrets américains. Ceux-ci ont appris par Ryan, que Wilde allait fournir au Japon de quoi construire une bombe atomique. Bien entendu, le gouvernement fut mis au courant. Wilde a dû s'expliquer avec le Président lui-même. Problème aussi. C'est que Wilde avait un besoin urgent d'argent frais pour investir dans le rachat d'un concurrent, sur le marché de la distribution d'eau.

- La distribution d'eau, mais quelle entreprise ?

- La Distribution Compagny, Jacques.

- Bien, très bien, ai-je noté.

- Wilde ne pouvant plus racheter, ne pouvant plus vendre, s'est vengé sur Ryan. C’est fou, ce type. Il y a dix ans, il a tué dans une rue de Mexico un gamin. Il a en lui une rage qu’il ne maîtrise pas. Pour Ryan, qui a été tué par les gorilles d'une société de sécurité, en contrat avec "Wilde Industrie", Wilde n’a pas agit directement, mais il a décidé de son arrêt de mort. Tu trouveras toutes les preuves que j’avance, dans la pochette, qu’il me montra des yeux.

- Bien. Une question. Où en est du rachat de la "Distribution Compagny" ?

- Aux dernières nouvelles, Wilde n'a pu racheter l'entreprise. Mais cela ne saurait tarder.

- Merci beaucoup Haïm.

- De rien.

Haïm Rozin quitta le bureau comme il était venu. Comme d'habitude, incognito, discrètement.

*

Quand je le quittais, il s'écoulera huit mois avant que l'opération "América" soit mis en route, c'est-à-dire que je devienne le Président de la "Wilde Industrie", groupe international qui sera rattaché à la Compagnie d’Amérique, et prenne de l'envergure.

Huit mois pendant lesquels je parcourus en compagnie d'Aaron, de Marc, le vaste monde. La Compagnie du Monde fut ainsi stabilisée, sa base financière consolidée, sa croissance interne et externe ne pouvait pas être remis en cause, du fait de mon départ de la Direction. Chaque fois qu'une nouvelle prise de participation, minoritaire ou majoritaire a été opérée, chaque fois que les "Holdings" comme Compagnie de France, Compagnie d'Israël, Compagnie de Suisse, rachetaient des parts sociales, des titres de participations, des actions d'une société, qu'elle soit en bon état, ou avant le dépôt de bilan, il nous faudra un temps nécessaire à l'intégrer au Groupe. Marc Robin ou Aaron Cohen avait établi au préalable une étude technique, un protocole d’absorption, qui permettait de redresser l'entreprise, et de lui donner un nouveau souffle, avant chaque opération d'achat. Puis, Marc Robin étudiait les moyens de la rendre plus dynamique, Aaron Cohen agissait de façon à ce qu'elle rapporte de l'argent, dans un minium de temps.

Huit mois pendant lesquels je me rendis de Pékin à Séoul, d'Hong Kong à Bombay, du Cap à Dakar, d'Agadir à Alger, de Bogota à Buenos Aires, de Montevideo à Sao Paulo. Mais aussi, grâce aux multiples contacts d'Aaron Cohen, d'Albert Marcellin, et de Marc Robin, de Victoria Amar aussi, que j’emmenais parfois, lors de ces déplacements. Je ne voyageais presque jamais en Amérique du Nord, qui restait à part du champ d'investissement de la Compagnie du Monde.

En ce qui concernait l'Europe, je m'appuyais sur une ligne de conduite simple : le développement annuel du plan d'investissement définis par Marc Robin, qui s'occupait de la zone européenne. C'est-à-dire, que nous investissons que dans la pierre, des biens financiers et monétaires. Sauf en ce qui concerne la société de distribution de l'eau et de services français, qui fut mon unique achat de type industriel en France ; elle ne faisait pas partie de la Compagnie de France, mais elle appartenait à mon patrimoine privé français. Quant à la Zone Amérique, la Compagnie de Suisse s'occupa de gérer les biens américains, en attendant de les rattacher à la Compagnie du Monde. J'avais nommé au poste de "Directeur des Actions Extérieures", un ami de Marc Robin. Il s’occupait très bien de tout cela. Je suis un parfait inconnu du monde des affaires dans ces deux zones économique. Même si ma popularité dans le domaine des arts devenait de plus en plus impressionnante. Il me restait le reste du monde pour me faire connaître.

*

Ce n'est que sept mois au moins après ma rencontre avec Haïm Rozin, que j’engageais un premier rachat aux Etats-Unis. La cible était la "Distribution Compagny" de Houston, alors que John Wilde était arrivé à en devenir l'actionnaire principal depuis deux mois seulement. Cette opération démarra au moment, où la Compagnie du Monde engrangea ses premiers bénéfices. C'est vrai que le neuf juillet, je touchais un dividende de trente-trois millions d’Euros, suite à un arrêté comptable de Marc, de la Compagnie de Suisse. Vingt-cinq pour cent furent virés sur la Compagnie du Monde, le reste servit à racheter onze mille actions pour détenir trente-quatre pour cent du capital de la société de distribution de l'eau américaine. Mais cela ne suffisait pas, l'opération "América" continua. Pour devenir l'actionnaire majoritaire, il me fallait racheter ou m'unir à ceux qui possédaient au moins vingt pour cent de la société "Distribution Compagny". Aussi, l'idée germa, au terme d'un voyage en Israël, au cours duquel je liais contact avec un nouvel ami : un des actionnaires de cette société de distribution d'eau américaine connaissait Avner Shamir, que je rencontrais le quinze juillet, à Boston. Il me proposa, lors de cet entretien, une union pour créer une alliance contre Wilde, actionnaire principal de la société. Cette union se fondait, avant tout, par un prêt gratuit de mon futur associé dans le rachat d'une entreprise de traitement de déchets en France, qui m'appartenait, et surtout, la vente, à titre gratuit, de la Société Nationale de Commerce, filiale de la Banque National Suisse. J'obtiens l'accord du gouvernement suisse le dix-huit juillet qui accepta à la condition que mon ami, ou associé, versa une contribution de deux pour cent sur les bénéfices, en plus de l'impôt sur les Sociétés, au budget fédéral suisse. Il accepta.

Le vingt-six août, lors du conseil extraordinaire du comité des administrateurs, je fus nommé Président Directeur Général de la " Distribution Compagny" par un coup d’Etat. John Wilde n'était plus le patron : il me regarda avec une haine impossible à définir dans les yeux. Pour la première fois de ma vie, jamais je n’avais été aussi heureux, car j'avais pris une revanche sur l'affaire d'Idéaland. Cela avait été d’une facilité renversante. Ce n’est pas tout. Le quatre septembre, je contactais Victoria Amar, depuis Houston. La cerise sur le gâteau attendait Wilde.

- Victoria, c'est Jacques.

- Comment vas-tu, tu appelles loin, je t'entends mal ?

- Normal, je suis à Houston.

- Comment est-ce là-bas ?

- A part des grands gratte-ciel, un ciel bleu magnifique, il n'y a rien de spécial. Bon, passons aux choses sérieuses. La communication téléphonique coûte cher.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- C'est au sujet de l'article que je t'ai "interdit" de publier, tu t’en souviens. Est-ce qu'il possible de le sortir à présent ?

- C'est-à-dire qu'aujourd'hui tu es prêt à l'édition, à la diffusion des informations, que je possède sur "Wilde Industrie", c'est cela, Jacques ?

- Et bien plus, j’ai des documents, que je t’ai adressés à ton journal, par ta messagerie mail.

- Quels genres informations ? posa-t-elle, d’une voix ferme.

- Tu le verras, le scoop de l’année… ai-je soufflé.

- Bon, j’ai compris, tu as lancé les chiens….

- Il faut sortir au plus vite l’article. Est-ce que tu peux t’en occuper ?

- Bon, je m'en occupe, Jacques. Quand rentres-tu à Paris ?

- Je finis quelques bricoles ici et je suis de retour vendredi prochain à Paris, sept heures trente par le vol de New York. Bien, merci beaucoup Victoria pour ce que tu fais pour moi.

- De rien. Je te l'ai promis.

Je raccrochais le combiné du téléphone le premier, je passais la soirée en compagnie de mes associés américains. L'achat de "Distribution Compagny" ne fut pas le seul investissement sur le continent nord-américain. La Compagnie d’Amérique, rattachée à la Compagnie du Monde, fut crée le premier octobre. Le trente novembre, la Compagnie d'Amérique comprenait déjà huit sociétés à participation majoritaire, et le double mais en participation minoritaire. Le développement, aux Etats-Unis même, de la Compagnie d'Amérique, fut confié à un cousin de mon père, Walter Kennedy. Au bout de trois ans, la firme deviendra une multinationale américaine, pesant un chiffre d'affaires de quatre milliards de Dollars par an, et qui représenta une ligne financière de quatre cents millions de Dollars par an.

Quand je rentrai le vendredi sept septembre, je découvris à la lecture, dans "Le Monde", paru depuis la vieille, l'article de Victoria. A travers le sourire que j’émis à la lecture de l’article, la bataille d'Amérique démarra. L'article, qui avait paru dans le monde, fut reproduit dans plusieurs quotidiens parisiens, une dizaine de journaux régionaux, l’information s’était propagée auprès de la presse radio et télévisuelle mondiale. L'information selon laquelle "Wilde Industrie", et son Président Directeur Général, avait trompé dans une drôle d’affaires de vente de produit nucléaire, interdite par le Ministère de la Défense américaine à une entreprise japonaise, devenait explosive. La presse européenne reprit l'information. Et, bien entendu, les médias américains, d'abord "C.N.N.", puis Fox News, en second lieu, qui révélèrent l'information au public américain. Le gouvernement américain dû mener une enquête rapide, les journalistes en firent autant de même. En moins de quatre à cinq jours, le Sénat américain vota une loi pour la création d'une commission d’enquête sur les activités de la "Wilde Industrie". Et, après la pression gouvernementale, la pression médiatique déboucha au jour fatal du neuf octobre.

Ce jour-là, Wilde, par son agent de change de Paris, me fit savoir qu'il était prêt à me rencontrer. Le lendemain, soit le dix octobre, je me retrouvais dans un grand hôtel de Londres. Dans la salle, qui donnait sur la terrasse, à ma droite se trouvait Aaron Cohen, à ma gauche, Marc Robin, et en face de moi, John Wilde, le visage pâle, triste, morne, méconnaissable. La chambre était lugubre, mais je rayonnais de plaisir. Car j’allais donner une leçon de finance à Wilde, cette fois. Il me demanda si j’étais toujours d'accord pour racheter ses actions dans la Banque National Suisse. Je lui proposai qu'en l'échange du rachat de ces actions, j'achète vingt-cinq pour cent de la "Wilde industrie". Il refusa. La discussion continua un temps, mais n’aboutit pas.

La pression continua. Le FBI conclut dans le document transmit au Président des Etats-Unis que "les conclusions des recherches, concordant avec l'article de Victoria Amar, journaliste française, témoigne que "Wilde Industrie" a passé un contrat de vente de produit nucléaire, classé secret-défense, par la Défense à une puissance étrangère, par l'intermédiaire d'une entreprise américaine". Le Sénat, par une commission spéciale, précisa que " John Wilde était le seul responsable. C'est lui-même qui avait accepté le montage financier pour la vente de produits nucléaire, sans l'accord du gouvernement des Etats-Unis, lui-même qui avait servi d'intermédiaire lors de la négociation avec les Japonais".

John Wilde, bien entendu, démissionna le six décembre de son poste de Président Directeur Général. Entre-temps, je rachetais, cours après cours, par une multitude de sociétés écran, des actions de la "Wilde Industrie", à la Bourse de New York, cours de l’action qui était au plus bas, depuis quelques semaines. Fin novembre, j’étais devenu le propriétaire pour quarante pour cent du capital. Il me restait à acquérir quinze pour cent pour devenir l’actionnaire majoritaire.

La démission de Wilde força le destin : durant le conseil d'administration extraordinaire, où il annonça sa démission, je demandais aux autres membres du conseil de former un directoire, dont j'assumerai la direction, au titre de l'actionnaire majoritaire, afin de diriger "Wilde Industrie", le temps de préparer de nouvelles élections pour former le conseil de direction. Je fus élu Président Exécutif de la "Wilde Industrie" par vingt-trois voix contre six. John Wilde détourna la tête au moment où je fus applaudi par les membres du conseil, puis il sortit de la salle du conseil, sans me féliciter, ni me saluer. Je le fixai droit dans les yeux, le sourire aux lèvres, je regardais l'homme sortir de la salle du conseil, d’un pas lent, presque un fantôme. J’étais animé d’un profond désir de rire, mais j’étouffais mon rire dans mon fort intérieur. J’avais tué Wilde, du moins, professionnellement parlant.

Il n’était pas encore mort physiquement. Mais cela ne tarderait pas. John Wilde se donna la mort le vingt-cinq décembre suivant : sa voiture se renversa sur un pont, on n'a jamais retrouvé son corps. La police avait révélé pourtant les traces de la présence d'un corps physique humain. La campagne de la presse américaine l'avait atteint dans son honneur. La pression du pouvoir politique l’avait poussé à perdre la vie. Il laissa un testament de trente pages, avec une seule conclusion : "Ne jamais se dire que les jeux sont faits, se battre tous les jours pour continuer à vivre". Il avait seulement oublié la deuxième partie de sa péroraison...

*

Je passais le trente et un décembre avec Victoria Amar, en tête-à-tête. Ce soir-là, la nuit était claire : la Lune, si brillante que jamais, éclairait nos deux corps, l’un contre l’autre. Les yeux rivés sur cet astre, qui éclairaient nos deux êtres. Dans le froid de ce mois de décembre, la chaleur des lumières de la Lune nous réchauffait. En fixant des yeux le satellite de la Terre, je réalisais que, maintenant, il me fallait passer à l’étape supérieure du rêve de ma vie : aller dans l'espace, sur la Lune. Et, dans les yeux de Victoria, je vis la fusée «Victoria II», prête à être lancé le neuf janvier prochain depuis la base de «Névé Shalom». Un autre défi que j’avais lancé, qui unissait notre couple à tout jamais, dans cette nuit froide, prenait forme dans le fond des yeux de ma belle, une forme droite au milieu, pointue sur la fin, comme une fusée qui partait à la conquête de la Lune.….

Mais c’était déjà une autre histoire….

 

 

Par jack69 - Publié dans : ROMANS - Communauté : scénario roman net art/web art
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Dimanche 5 juillet 2009

Durant un bon mois, Victoria enquêta à travers le monde sur "Wilde Industrie". Pendant ce temps, je m'occupais de la sortie du second livre de la trilogie de la Lune. Comme de continuer à racheter des actions de la banque suisse. Mais aussi de constituer un "Holding" français à la Compagnie d'Israël.

Vers la fin du mois de février, je reçus un courrier d'Aaron Cohen qui me décrivit maintenant l'ensemble des entreprises qui formaient la Compagnie d'Israël. A cette lettre, où ils étaient inscrits en annexe la liste des trois cent trente entreprises de la Holding, avec un chiffre d'affaires dépassant deux milliards cent millions de dollars par an, la Compagnie de France ne représentait qu'un dixième de sa sœur d'Israël.

Le six mars, Hector Marchal me contacta pour m'informer que je disposais de plus de quarante-neuf pour cent des titres de la Banque Nationale Suisse, répartis en trente-neuf entreprises étrangères européennes, africaines et asiatiques, afférent à la Compagnie d'Israël, par un acte de "Trust". Je décidais de prendre au nom de la Compagnie de France, les deux pour cent supplémentaires pour être majoritaire du conseil d'administration de la banque... dès que j'en aurai les moyens.

Car, en ce début de mars, ma marge de manœuvre était réduite, j’étais incapable de prendre possession de deux pour cent supplémentaires du capital de la banque, qui me manquait pour devenir majoritaire. Les dépenses d'investissement de l'opération de rachat étaient réduites à zéro, la somme pour acquérir la majorité de parts de la banque suisse me manquait pour aller au bout de ma vengeance.

En ce début de mois, mon compte n’était créditeur que seulement de onze mille Euros. C'est vrai que je venais d'acquérir cinquante-trois pour cent du capital d'une grande entreprise de service et de distribution d'eau française, pour ne pas la citer, cette même entreprise qui m'avait embauché avant que je publie mon premier livre. C'est vrai qu'à la vue des bénéfices que la société réalisait, l'opération sera rentable au bout de quatre ans seulement. Le gagnant dans l'opération de rachat, ce n'était pas Jacques Nabbes, ni la Compagnie de France, mais le Crédit Parisien de Paul Lévy qui engrangea la plus forte commission de l'histoire financière de la France lors de l’opération de l’entreprise.

*

Victoria Nabbes se trouvait face à moi dans l'appartement du 6, Rue de la Victoire, que je venais d'ailleurs de racheter à son propriétaire.

- Tu m'as demandé, il y a quelques semaines de trouver certains renseignements au sujet de la "Wilde Industrie". Après un mois et demi de recherche, je peux te dire...

- Me dire quoi, Victoria ? ai-je complété.

- Voilà, coupa-t-elle, "Wilde industrie" est une multinationale, qui fait un chiffre d'affaires de vingt milliards de dollars par an, c'est d'abord l'industrie de l'armement qui compose l'activité la plus rentable de cette multinationale. Vient ensuite l'industrie électronique, l'informatique, les services de distributions des eaux, les communications (deux chaînes de radios nationales, vingt-huit chaînes du câble), une structure commerciale qui offre une publicité gratuite par le biais de journaux gratuits distribués un peu partout dans les grandes villes américaines, une chaîne de grande surface comme «Supermaket América», qui possèdent deux cent cinquante hypermarchés et cinq cent cinquante-huit supermarchés, selon les normes européennes. Bref, l'Empire de "Wilde Industrie" représente pour l'actionnaire moyen une rentrée de bénéfice d'environ cinquante mille dollars par an, pour vingt mille titres au moins. Pourtant...

- Pourtant ? dis-je, tout en croisant les mains, inquiet.

- Pourtant, le capital de l'entreprise de Wilde est partagé en neuf cent mille actions, qui sont cotés sur la base de cents deux dollars le titre. Sur les neuf cent mille titres, Wilde en posséderait la majorité absolue avec plus de cinq cent mille titres environ. Le reste du capital se décompose ainsi : pour ce qui concerne les plus gros actionnaires, au moins quatre mille titres, ce sont neuf grandes industries américaines qui détiennent la majorité des parts, ils existent deux cents actionnaires, qui ont au moins vingt titres, il en existe dix fois plus pour ceux qui en possèdent soit dix, neuf, huit, voire un seul, titres. Bref, le capital est éclaté, mais solidement amorcé au noyau dur de Wilde.

- C'est tout ?

- Non. D'après une étude sérieuse de la commission boursière américaine, le titre "Wilde Industrie" a subi, il y a trois ans une baisse, trop forte selon la valeur du marché, du cours de l'action en trois jours. Un bruit de couloir a circulé sur une possible alliance avec un groupe japonais, au moment où les Etats-Unis étaient en pleine crise avec Japon. La commission n'a jamais pu établir si l'alliance avec les Japonais et de «Wilde Industrie» était la cause de cette baisse soudaine. Mais le doute subsiste. Reste l'affaire Ryan.

- L'affaire Ryan ?

Je hocha de la tête.

- Donald Ryan est, était, je devrais dire, un chercheur du centre de recherche nucléaire de Wilde Industrie, il a été retrouvé mort dans un bassin d'uranium. Une enquête du F.B.I a constaté un accident de travail, même si certains journaux ont parlé d'un assassinat. J’ai appris que Wilde et Ryan, chef de la recherche nucléaire, n’étaient toujours du même avis sur la politique technologique. Il s'est même produit des incidents graves entre les deux, des coups de gueules. Mais l'affaire a été classée, il y a… trois jours. Puis-je te poser une question ?

- Oui.

- J'ai enquêté sur "Wilde Industrie". Tout cela est fort intéressant, mais je n’ai rien trouvé qui puisse d’aider.

- Je crois au contraire…

- Quoi ?

Après un long silence où nous échangeâmes un regard plat, elle coupa le silence par :

- Puis-je au moins publier un article sur ce monsieur ?

- Non, pas pour l'instant, lui ai-je répondu, en redressant la tête. Prépare ton article, Victoria, mais quand je te dirais de le publier, tu pourras le titrer : "Les affaires scabreuses de "Wilde Industrie". Merci en tous les cas de tes renseignements, ils me sont très importants pour la suite des opérations. Merci encore.

- De rien, Jacques. Pourtant… Quand aurai-je l’autorisation de publier ? finit-elle par avouer.

- Quand j'en aurai fini avec Wilde, je te le promets. Ce sera la cerise sur le gâteau, ton article...

- Bon, j'attendrais.

Victoria Amar et moi-même, nous avons fini notre entretien lors d’un déjeuner dans une brasserie parisienne.

Par jack69 - Publié dans : ROMANS - Communauté : scénario roman net art/web art
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Dimanche 5 juillet 2009

J’étais revenu le cinq janvier en France. En arrivant à l'aéroport, Albert et Jocelyne Marcellin m'attendirent. Charles était aussi présent, ainsi que Marc Robin. Surpris de le revoir, c'est lui qui, finalement, me raccompagna chez moi. En pleine forme, une forme qui poussa vers l'inconnue. C'est vrai que depuis mon retour d'exil, je voyais la vie autrement : riche, puissant, célèbre, il me restait finalement qu’une chose pour être heureux, me marier. C'est vrai que je devenais plus mûr pour être à vingt-huit ans et quatre mois en passe de m'unir pour le bien et le pire, le meilleur et le mauvais, avec quelqu'un. Je voulais assurer ma descendance, et il était temps que je trouve la femme avec qui je ferais l'enfant, les enfants, qui porteront mon nom, assureront mon empreinte sur cette planète, que j'aime de plus en plus. C'est vrai que, depuis ma rencontre avec Victoria, ma vie sentimentale s'était paisiblement endormie. Je ne pouvais pas passer sous silence le fait que j'aie connu de belles et jolies jeunes filles, mais il ne s’était rien passé entre elles et moi qui puisse changer le cours de mon existence. Je gardais secret cet amour si précieux, si rare, que j'entretenais avec les femmes, comme Victoria. Depuis notre rencontre en octobre dernier à côté du journal où elle travaillait, je ne l'avais point revu. Je ne l'avais pas appelé comme elle me l'a demandé, par manque de temps, par peur de ne pas la retrouver comme je l'avais connu. Peur de l'inconnu. Pourtant, dans la deuxième quinzaine de janvier, je l’eu enfin au bout du fil. Victoria Amar, enfin, je lui parlais. Le courage de lui parler, qui me faisait peur, je le maîtrisais totalement, je l’amadouais, je l’enfermais en moi.

- Victoria, c'est Jacques Nabbes, je ne te dérange pas ?

- Jacques, mais oui, Jacques ! s’exclama-t-elle. Non, tu ne me déranges pas.

- Comment vas-tu ? Ton séjour en Afrique s'est bien déroulé ?

- Oui, on est rentré Antoine et moi, depuis deux mois. Et toi, comment ça va ?

Je lui souris derrière le téléphone, heureux.

- Bien, très bien. Voilà, si je t'appelle, c'est que...

- C’est vrai, c’est moi qui aurais dû t’appeler, mais je n’ai pas voulu…. Coupa-t-elle. Vu tes nouvelles activités littéraires…

- C’est moi qui devais t’appeler…En fait, J'ai un service à te demander.

- Quel genre de service ?

- Je peux te rencontrer chez toi ce soir ?

- Oui, bien entendu.

- A ce soir, vingt heures chez toi, seule si possible.

- D'accord, mais dis-moi ce qui ne va pas ?

- Tout va bien, je t'embrasse, Victoria, et merci d'avance. A ce soir.

Je raccrochais le combiné. Je passa la journée à écrire, et aussi à me promener dans Paris. Ces promenades, dans les rues et les avenues de Paris que j'effectuais, me fascinaient, me reposaient. Ces balades me rafraîchissaient l'esprit, m'ouvrant à l'imagination. La nuit tombée, je fus transporté dans un taxi qui me déposa devant le 36, rue du Cherche-Midi, devant l'immeuble où habitait Victoria Amar. Me voilà deux ans en arrière, le souvenir de Canne, de Nice, de la Banque, de Lambert, de Wilde, revint en force. Au fond de moi, j'avais peur, et pourtant, je me lançais dans l'aventure, en entrant dans l'immeuble. Je devais maîtriser la grande émotion qui se dégageait de ces souvenirs, en revoyant Victoria, déesse des déesses.

- Jacques, si j'ai bien compris, dit-elle, en se levant, tu veux que je me renseigne sur un certain John Wilde, un homme d'affaires américain, mais aussi, sur une banque suisse, La Banque National Suisse, établissement de crédit. Ce même Wilde qui t'a vendu Idéaland, c'est cela ? J’ai tout compris.

- Oui, c'est cela Victoria, tu as tout compris.

Assis face à elle, dans le canapé de l’appartement, elle était la même jeune femme que j’avais rencontrée, il y a plus de deux ans. Et elle avait tout compris de la manœuvre qui s’annonçait. Non seulement, elle avait accepté cette invitation à dîner dans un grand restaurant, mais le dîner avait été précédé d’un verre dans un bar du centre ville, où nous avions pris place depuis une bonne demi-heure.

- Tu sais, je ne suis pas une journaliste, spécialisée en économie, mais comme c'est toi qui me le demande, je ne peux te le refuser, ajouta-t-elle. C'est tout ce que tu as à me dire ?

Elle me regarda, fixant mon regard. Autour de moi, il n’y avait plus rien, ou une seule chose comptait. Victoria. Rien d’autre, rien qu’elle, et c’était déjà pas mal. Habillée d’une tenue légère, il émergeait d’elle un charme qui l’envoûtait. autour de moi, les lumières blanches éclairaient non seulement nos visages, mais elles inondaient de lumière tout autour d’elle. Est-ce que j’étais dans un état second quand je lui parlais ?  Non, j’étais pétri d’une grande admiration, qui paralysait tout.

- Pour l'instant, cela suffit amplement, fini-je par dire. Dès que tu as les renseignements, appelle-moi à ce numéro, inscrit sur une carte de visite que je lui tendis. D'accord ?

Elle prit la carte, puis elle me sourit. Après cette discussion qui dura depuis une bonne heure, je décidais d'offrir à dîner à ma journaliste de choc. Retrouvant la chaleur de la Côte d'Azur qui la symbolisait tellement, retrouvant Victoria d'avant mon exil. Je passais, nous passâmes, une bonne partie de la soirée dans les lieux de plaisirs de la Capitale. Je me retrouvais au petit matin chez elle en slip quand le téléphone sonna pour la dixième fois. C'était Antoine, son photographe, qui l’appelait.

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Dimanche 5 juillet 2009

Le quinze octobre, je retrouvais André Breton pour lui signer les documents afférents à l'achat d'un immeuble, dont les appartements qui me rapporteront dix mille Euros par mois en location, gérer par le promoteur. Parapher aussi la vente de trois autres appartements sur un autre immeuble, qui seront aussi loué, par ses soins. Enfin, je lui demandais qu'il puisse me proposer d'autres affaires du même type, dans les semaines ou les mois à venir. Ce fut ainsi qu'au bout de trois mois, j’étais devenu propriétaire de cent dix appartements, trois immeubles, qui me procurerait un revenu mensuel de cinquante-cinq mille huit Euros net par mois. Cette manne financière servait à injecter de l'argent frais sur mon compte en banque personnel au Crédit Parisien. J’étais rentré en France le douze septembre dernier. Nous étions déjà le premier décembre.

Le lendemain, je rencontrais de nouveau Hector Marchal pour compléter la procédure, mis au point préalablement lors de l'ouverture de mon compte de client "boursier", car j'avais décidé de passer à une étape supérieure : acquérir vingt pour cent des parts de «La Banque National Suisse» avant la fin de l'année. De plus, mon compte chez la maison de courtage s'alimentait des soixante millions d’Euros qui provenaient des bénéfices de la Compagnie d’Israël, qui ne cessait de se développer, facilitant à l'achat des actions de la banque Suisse. Mais entre-temps, le quinze octobre, j’avais passé la soirée chez Albert Marcellin, au siège des "Editions Marcellin". Il me précisa les détails de la campagne de presse, m’indiquant sur une liste des différentes villes qui seront «visité », un mois et demie de promotion en France, mais aussi en Belgique, et aussi en Suisse. Dès le vingt octobre, jusqu'au trente novembre, mon emploi du temps aura pour activité principale la publicité et la promotion de mon nouveau livre, le premier de la trilogie de "L'empire de la Lune". Avec ce regain d'activité, il fallait aussi remettre de l'ordre dans la maison mère, c'est-à-dire la Compagnie d'Israël. C'est pour cela que depuis le coup de fil d'Aaron Cohen du douze octobre, je l’attendis avec une certaine impatience, la rencontre organisée dans une suite d’un grand hôtel de la Capitale, avec les trois actionnaires de la Compagnie d'Israël pour un conseil d’administration extraordinaire.

*

- Jacques comment vas-tu ? me demanda l’homme à la peau bronzée, qui avait passé le week-end précédent sur une plage d’Eilat, la voix chaude.

Aaron Cohen, costume cravate, des lunettes teintées, était présent dans cette chambre, un verre de porto à la main. Ce même porto qui nous avait attirés vers la grande spirale de l'amitié, qui durait depuis deux ans. Aaron Cohen n’était pas seul, il était accompagné de trois autres personnes. Il y avait le représentant de l'Etat d'Israël, Avner Panzer, un homme assez grand, les cheveux noirs, les yeux clairs, la bouche fine, le corps puissant, le buste droit, et surtout un cigare à la main. Ensuite, il y avait Samy Gary, directeur général de la «Military Industrie », un ancien commandant qui avait servi à Gaza et à Jérusalem Est, spécialiste des campagnes éclaires militaires, des opérations coups de poing, et des opérations spéciales. Enfin, le plus important par sa puissance dans la Compagnie d'Israël, se nommait Gaby Ramon, chef de la "Industrie of Haïfa", principale entreprise nationale israélienne, qui possédait trente pour cent du capital de la Compagnie d’Israël.

Nous étions assis à une table : à ma droite, Aaron Cohen, qui se trouvait en face des trois autres israéliens. Nous étions en pleine discussion depuis une bonne heure, durant laquelle je leur avais dévoilé la presque totalité de mon passé, dévoilé que mon séjour en Israël n'était pas dû à un vrai retour vers la Terre Promise, mais un désir obscur de faire un break, afin de servir à "la base fondatrice" d'une vengeance. Ce n’était pas tout. Mon plan était simple : le rachat de la « Banque Nationale de Suisse », et la prise de participation de soixante pour cent dans la "Wilde Industrie", afin d'en extirper les deux principaux directeurs généraux. Pour ce qui concerne la première étape, la procédure d'attaque venait de commencer. Quant à la seconde opération, rien pour l'instant n'avait été entamé.

Les fonds nécessaires à la première étape proviendront des bénéfices réalisés par la Compagnie d'Israël. La seule et unique demande de ma part, qui expliqua cette réunion dans un grand hôtel parisien, était de me permettre d'alimenter régulièrement mes options d'achats sur les titres de la Banque, plus tard de la Wilde Industrie, par un mécanisme simple afférent à la Compagnie d'Israël. Je demandais aux actionnaires l'autorisation de faire un arrêté comptable tous les six mois, où je ponctionnerais le bénéfice net d'impôt, prorata de ma participation au tour de table, viré sur mon compte de la Banque de Crédit Parisien. Opération simple, mais qui demandait l'avis et la décision du conseil d'administration de l'entreprise.

- Quoi ? s'étonna Gaby Ramon. Vous voulez ponctionner l'argent encaissé par la Compagnie, tous les six mois. Et les investissements ? Et nos bénéfices ? Et je ne sais pas quoi encore ? Qu’en faites-vous ?

- Ne t’inquiète pas Gaby, répliqua Aaron Cohen. Je me charge de programmer tous les six mois un budget pour la Compagnie d'Israël. Si un accord se dégage de cette réunion, je vous propose de développer le "Holding" par des opérations de rachat en Israël et aussi dans le monde entier pour que vos propres bénéfices deviennent aussi important que les ponctions effectuées par Jacques, qui sont d'ailleurs ses bénéfices propres, en fonction du montant du capital qu'il a investi, bénéfices issus de l'activité de la société. Quand vous avez reçu l'ordre du jour, il a été joint l'annexe N°1 à la convocation, qui vous signale une liste d'entreprises qui seront rachetés, après un accord unanime de votre part de la proposition de Jacques. Nous pensons qu'une séparation des tâches est nécessaire : lui-même s'occupe de sa "vengeance" si on peut le dire, je me charge de gérer, sinon d'accroître la puissance du "Holding". C'est à vous de décider.

- Il a raison Aaron, dis-je. Sans votre accord, de toutes les conditions qu’il vient de citer, je dis bien, toutes, rien ne se fera comme je le veux. Le conseil doit décider. Si c'est un refus total de votre part, ce n'est pas la peine de continuer la réunion.

- Attends Jacques, il faut que je comprenne, renchérit Avner Panzer. D'abord, tu vas ponctionner ta part qui te revient des éventuels bénéfices générés par la Compagnie d'Israël, tous les six mois, en fonction d'un arrêté comptable. Ensuite, tu charges Aaron, ici présent, de développer la Compagnie d'Israël dans le monde, selon un plan que tu as concocté. Enfin, tu nous demandes notre accord pour officialiser au sein du conseil, cette nouvelle politique. Mais je suis un simple haut fonctionnaire de l'Etat d'Israël. Avant de passer à un vote, il vaudrait mieux que j'avertisse mon ministre de tutelle, ministre du gouvernement d'Israël. Je dois en référer à qui de droit.

- Avner, dans la pièce d'à côté, tu trouveras un téléphone et tu pourras appeler qui tu voudras, que ce soit le ministre des Affaires Etrangères, le ministre de l'Economie, ou même le Premier ministre, mais il me faut une décision assez rapidement, qu'un vote du Conseil se prononce sur ma proposition.

- C'est un chantage ! s’écria Gary Ramon.

- Non, ce n'est pas un chantage car, si je n'ai pas un accord aujourd'hui, les éventuels bénéfices de mes prises de participations n'iront pas dans les caisses de l'Etat d'Israël. Je largue tout. Je vends tout.

J’avais été dur, mais la situation l’exigeait.

- C'est mieux qu'un chantage, c'est de la menace terroriste. Je sais comment on discute avec des terroristes, par les armes, Jacques, répliqua, d’une voix ferme et totale, Gary Ramon, qui était redevenu le militaire qu’il était, un guerrier redoutable.

- Il ne faut pas exagérer, Avner, opposa Aaron Cohen. Nous ne nous sommes pas ennemis à ce que je sache...

- Pouvons-nous passer au vote ? ai-je ajouté.

- Non, je vais appeler en Israël, et selon la réponse que j’obtiendrai, on avisera.

- De même pour moi, il faut que j'avertisse les actionnaires "d'Industrie of Haïfa", s'exclama Avner.

Les deux hommes se levèrent. Ils allèrent téléphoner. L'attente aura durée un bon moment. Avec Aaron, je pris le temps de bien préciser notre plan d'attaque pour le développement de la Compagnie d'Israël. Plus tard, quand ils furent revenus, ils s’assirent à la table du conseil. Après avoir pris instruction auprès de leur hiérarchie, ils furent alors possibles délibérer. Le vote fut sans surprise. Les nouvelles orientations du Conseil furent unanimement admises par cinq voix pour, contre zéro voix qui s’opposa au plan. La séance fut levée à dix-huit heures trente, en ce dix-neuf octobre.

Le Premier ministre m’appela, le lendemain, dans la suite de l'hôtel parisien : "J'espère que tout se passera bien, Jacques. Je t'assure de tout mon poids dans la mise en place de ton projet". Je lui répondis : "Je vous aime beaucoup, monsieur le Premier ministre. Il nous faut réussir notre projet commun". Il continua d’une voix chaude : "Jacques, je vous admire, je vous remercie de vos sentiments à mon égard. Je suis votre ami, je sais que vous l'êtes aussi. Dans ces circonstances, j'espère que vous arriverez à vos fins, que nous pourrions arriver à notre objectif commun : la Paix, et notre projet pacifique d’aller sur la Lune.". Avant de raccrocher le combiné, je lui dis :

- Monsieur le Premier ministre, je vous aiderai autant que possible sur le chemin de la paix, j'espère que nous arriverons à fonder une colonie humaine sur la Lune, ensemble.

Je crus me souvenir que lorsque je me suis retrouvé seul dans la chambre, je me suis mis à pleurer. Je sentis en moi qu'il me manquait quelque chose dans cette vie : l'amour. L'homme est ainsi. Sans l’amour, il n’est rien.

Le trente et un décembre, Aaron procéda au premier arrêté comptable depuis le conseil du dix-neuf octobre. Une partie de la somme a été versée directement sur mon compte du Crédit Parisien. Auparavant, Aaron était reparti, après la réunion du conseil, avec comme pour objectif d'accroître la Compagnie d'Israël. Dans sa mallette, il y avait plus de deux cents entreprises dans vingt pays différents à racheter en fonction des résultats de la Compagnie d'Israël, au cours des douze mois à venir. En tous les cas, je ne revis pas Aaron avant le six juin prochain. C'est vrai que je n'avais pas la tête à penser aux affaires depuis le vingt octobre.

Ce jour-là, "L'empire de la Lune" sortit des presses, en France, sous le label des "Editions Marcellin". La sortie du livre me consacra, en ce début de mois de novembre, d'un triomphe inattendu : jamais en tant qu’écrivain je n'avais connu une si grande gloire, une si grande puissance... Le tirage initial était sur trente mille exemplaires, mais un effet de boule neige remporta la mise sur quatre-vingt mille de plus, au bout de trois semaines seulement. A la fin de l'année, le livre atteignit un score honorable de cent vingt mille exemplaires vendus. Durant tout le mois de novembre, la promotion radio, télévision, journaux battit son plein, la plus importante de tout ce que j'ai fit en tant qu'écrivain. Pas moins de trente interviews en dix jours ! Pour un retour après deux ans d'absence, on n'avait jamais fait mieux. Albert Marcellin procéda à un nouveau tirage de cinquante mille exemplaires en janvier. Bien que je sois rempli de quantité d'obligations, vis-à-vis des lecteurs, des libraires, des journalistes et des critiques, j'avais quelques plages de pleine liberté dans cette campagne de promotion européenne.

Si "L'Empire de la Lune" marquait mon retour dans le monde des Belles Lettres, personne ne pouvait soupçonner que je commençais à bâtir un Empire industriel en Europe, en Asie, en Afrique, et au Moyen-Orient en ce mois de décembre. La Compagnie d'Israël, sous l'impulsion d'Aaron Cohen, contrôlait au trente et un décembre plus de soixante-dix entreprises, douze mille personnes, avec un chiffre d'affaires de cent vingt millions de dollars par an.

Quant à mes activités en Israël, le centre spatial de Névé Shalom achevait la construction d'une fusée pour être lancé, date de lancement fixé au six juin de la nouvelle année qui approchait à grands pas.

Je passais les fêtes de fin d'année en Israël : c'est vrai que j’avais bien mérité de prendre quelques jours de repos après cette dure campagne de promotion, et surtout, je me devais de faire le point depuis le Conseil du dix-neuf octobre. Aaron n'était pas à Tel-Aviv le trente et un décembre : il passa le réveillon en Chine. En ce qui me concerne, je passais le lundi du premier Jour de l’An avec Avner, Samy et Gaby Ramon, à faire le point sur les activités de la Compagnie d'Israël. La nouvelle année s’annonça pour eux comme pour moi comme cruciale. Eux, ils allaient suivre les pas d'Aaron à chercher de nouvelles alliances, à consolider le "Holding", comme devenus les serviteurs du prince de la Finance que j'étais devenu. Et moi, j'allais continuer ma "vengeance" afin d'abattre d'abord Laforêt, et, sans doute, dans le domaine du possible, Wilde. La nouvelle année s'ouvrit lors d’une promenade le long de la plage de Tel-Aviv, la lune était claire et brillante comme jamais. Ma jeunesse touchait à sa fin : je sentis venir en moi comme un frisson de maturité, un sentiment d'adulte. Le jeu de la Vie se transforma en un jeu du Solitaire frustrée. Il me fallait passer à la vitesse supérieure, je me sentais mûre pour réussir ma vie sociale et professionnelle. Je sentis venir en moi comme la force de vaincre.

Par jack69 - Publié dans : ROMANS - Communauté : scénario roman net art/web art
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